CE QU'ON EN DIT

Kabarettl' (21, 22 et 23 mars 2014)

Christian Gangneron metteur en scène
Il y en a pour tous les sens : à tous points de vue, musical, plastique, culinaire, c'est finement composé, concocté, cuisiné. La voix chaude, souple et l'intelligence musicale de Mareike Schellenberger font merveille dans ce répertoire : avec quelle chic et quelle gourmande malice elle vous trousse les électrisantes chansons d'Oscar Strasnoy. Et si, touchés par la grâce des deux danseuses-contorsionistes que Caroline Gautier avait réunies pour Le Chat Perché de Jean-Marc Singier, vous rêviez de les retrouver : alors sans hésiter laisser vous aller à ce délicieux Kabarettl’.

Anne Montaron productrice France-musique
Il y a mille et une raisons d’aller voir le Kabarettl’ de la chanteuse Mareike Schellenberger et de la pianiste Mara Dobresco, associées sur ce spectacle hors temps et hors conventions à une équipe au fort potentiel poétique; un acrobate-jongleur, une danseuse et une contorsionniste, dont les apparitions sont comme des « sortilèges » qu’on ne voudrait pas voir se rompre. Le public prend une part active à ce Cabaret d’aujourd’hui ; il est happé par les mots, les sons, les costumes « rétros » de Sylvie Skinazi (de magnifiques chapeaux notamment...) et ses sens sont aussi mis en éveil par les senteurs et les douceurs d’une cuisine servie entre chaque bouquet de chansons. On est entre Pierrot Lunaire, le « Chat Noir » et Lulu ! Les textes chantés avec gourmandise et justesse de ton par Mareike Schellenberger, de sa voix pleine et sensuelle, sèment leur douce folie de doux-amer ; l’amertume de ces temps où les hommes et les femmes tentent d’oublier la rigueur et la folie d’une époque soit en s’étourdissant, soit au contraire en mettant à jour par un geste ou une parole les failles et les ombres menaçantes. Kabarett’l nous invite à célébrer les noces de l’imagination et du vertige de vivre ; on est pris dans un tourbillon, et comme ce mouvement est prenant ! Les vers de Frank Wedekind, Otto Julius Bierbaum, Hugo Salus, Kurt Schwitters, Hans M. Enzensberger, Rainer Werner Fassbinder, Jean-Jacques Schuhl, C.F. Feiling , et Catherine Peillon sont autant de variations sur le thème du mal de vivre et de la difficulté à aimer. Mais ce doux-amer, rehaussé par l’imagination flamboyante des interprètes, leurs yeux rêveurs et séducteurs, leur présence par moment presque « absente » - en un mot leur aura poétique - n’a rien de triste ou de désespéré. On sent battre dans ce Kabarett’l imaginé par Mareike Schellenberger et mis en forme par Daniel Sultan (ici également cuisinier) avec la scénographe Sylvie Skinazi le pouls d’une époque; celle d’aujourd’hui, saisie dans le miroir sonore de trois compositeurs très sensibles et habiles justement à sentir le pouls de leur temps ; Luis Naon, Oscar Strasnoy et Stefan Lienenkämper, et celle d’un hier étrangement proche ; celui des « Brettl-Lieder » de Schönberg.

Caroline Ginet scénographe
J'ai assisté à une représentation de Kabarett'l à Montreuil. C'est une forme de spectacle qui reprend l'essence même du Cabaret d'avant guerre en Allemagne, en en gardant l'essentiel, c'est à dire la provocation teintée d'une certaine douceur mélancolique. Les chansons traversent tout le 20ème siècle jusqu'à aujourd'hui. L'interprète Mareike Schellenberger par sa voix magnifique, son jeu et sa présence nous emmène dans l'univers d'Ingrid Caven interprétant Fassbinder, mais aussi de Marlène Dietrich dans l'Ange Bleu... On n'y boit pas de la bière, mais on y déguste des mets délicats préparés de main de maître par Daniel Sultan qui distille avec générosité son art culinaire. Les plats sont servis par une contorsionniste, une danseuse et un acrobate. Tout ceci se passe dans un ballet silencieux et humoristique, la petite troupe évoluant dans de magnifiques costumes conçus par Sylvie Skinazi. C'est beau, subtil et généreux.

Robert Expert artiste lyrique
Kabarettl' : de belles femmes statufiées, un jongleur irrésistible qui vous accueille, un cuistot qui s'affaire en grande toque : en s'installant sur sa table de bistrot, on sent qu'il va s'en passer, des choses... de fait, d'étonnement en admiration, de sourire en jouissance papillaire, on se fait balader jusqu'à se prendre dans l'estomac le talent et l'extrême professionnalisme de Mareike Schellenberger et Mara Dobresco, en particulier dans les chefs-d'œuvre d'Oscar Strasnoy ; rien que pour cela, ce serait un péché de n'y être point...

Silvia Baggio chorégraphe
Kabarettl'. Délicieuse idée que celle de compromettre le spectateur, habitué à voir et entendre, en l'installant hors contexte, dans une situation qui mêle le plaisir (intime?) du goût à celui, plus habituel en tant que spectateur, du regard et de l'entendement par l'ouïe. Et très belle idée que de mettre en résonnance l'oralité masticatoire, face à celle, délicieuse et subtile, qui produit la parole et la mélodie. Programme splendidement interprété et joué par la mezzo-soprano. Entre une assiette qu'on nous tend et un verre qu'on nous retire, le rythme du spectacle nous prend comme dans l'urgence d'une agréable mécanique d'horloge qui peut à tout moment se dérégler, laissant la porte ouverte à l'imprévu (une spectatrice qui n'a pas l'intention de renoncer à son assiette et que des serveurs/danseuse-acrobate-jongleur- contorsionniste pressent de finir). Un spectacle qu'on déguste à plusieurs niveaux, poétique et drôle, touchant et vivant.

Stefanie Kessler musicienne
Kabarettl' est une succession de formidables émotions et multiples joies des sens ! D'abord il y a le décor, impressionnant, comme une nature morte de Braque, et puis les délices culinaires du chef, sévère, apportés par des danseuses-serveuses capricieuses, dans des jeux de chorégraphies et de jonglages poétiques et à "double-fond". Enfin, arrive la chanteuse Mareike Schellenberger, avec une présence et un talent si touchants, une voix aussi souple qu'expressive. Avec les "Brettl'-Lieder" de Schoenberg (toute aussi géniale Mara Dobresco au piano), règne l'atmosphère nonchalante et séduisante du Cabaret berlinois et des cercles littéraires du début du XXème siècle. Les Cabaret Songs d'Oscar Strasnoy nous tirent vers les profondeurs, jusqu'à "La fin du monde" de Stefan Lienenkaemper, (écrite pour ce spectacle), et au magnifique et très sombre finale, le tango "Común Requiebro" de Luis Naón. Une soirée d'un charme rare, mêlant les genres avec subtilité, entraînant le public dans un voyage savoureux et inquiétant entre 20
ème et 21ème siècle.

Markus Zugehör musicien
Une soirée pleine de mélancolie légère. Penchant qui rend heureux et inspire le cœur, le cerveau, le palais. Musique, chanteuse, acrobates, magnifiques. Kabarettl' est une chose sérieuse !

Catherine Peillon productrice, auteure
On y mange, on y boit, on y rêve... Mareike Schellenberger, avec ses complices, nous offre une heure ébouriffante, un sac à malices, un dîner fin, une histoire attachante et tragique en pleine drôlerie, jongleries, clins d'œil, réminiscence. L'essence d'une sensation. Autour du chapeau dont nous ne ferons jamais le tour, quelques chants s'égrènent, textes d'origines, terres d'origine et oniriques.
C'est ce chapeau qui s'échappe du crâne aigu du bourgeois, qui virevolte, se transforme, fil conducteur d'une nouvelle révolte. Ainsi vont les choses de la révolution, de Kurt Schwitters aux Argentins Oscar Strasnoy et Luis Naon jusqu'au jeune Berlinois Stefan Lienenkämper.

Jean-Pierre Pero vidéaste
(...) Nous sommes dans un cabaret où si la question de l'époque imaginée par nos esprits peut se définir facilement, le dispositif mis en place travaille les temporalités. Celle de nos personnes attablées, dans une mastication présente, travaillées par l'intervention d'une comédie de service et de serveurs nous rappelant à notre présence partagée, regardée, regardant, et face à la présence de musique et de chair chantante dont nous dégustons les cordes vocales, le tout bien recu dans nos papilles gustatives, nos yeux et nos oreilles, bref, nos sens en éveils. Beau spectacle.

Luis Naón compositeur, professeur
Le Kabarettl', imaginé par Mareike Schellenberger, est surprenant de beauté et de maîtrise. La mise en scène et la mise en bouche, sont délicieuses, et toujours d'une grande finesse. Le tout servi par Mara et Mareike qui font vibrer, comme si elles étais faciles et accessibles, des pages de musique très exigeantes, et ainsi pleines d'un esprit magiquement interprété... Un spectacle à voir et revoir !